LA REVOLUTION DES FLAMANTS ROSES

ARRIVE EN CAMARGUE

Par un arrêté signé le 13 octobre 2026, le préfet de région a autorisé l’ouverture de l’enquête publique préalable à la déclaration d’utilité publique (DUP) du projet de ligne électrique aérienne à très haute tension de 400 000 volts entre Jonquières-Saint-Vincent et Fos-sur-Mer.

Après près de trois ans d’hésitations, de concertations et de promesses d’écoute, la voie est donc ouverte. Ouverte à une balafre aérienne de 65 kilomètres de long. Ouverte à 180 pylônes de 60 à 80 mètres, dressés comme des sentences au-dessus de nos plaines, de nos rizières, de nos marais, en toile de fond de nos horizons, de nos villes et villages. Ouverte à la défiguration de territoires que nul ne pourra réparer une fois le premier pylône planté.

 

Ce n’est pas une ligne que l’on trace. C’est une blessure que l’on inflige. À notre agriculture, que l’on affaiblit. À notre économie touristique, que l’on fragilise. À nos paysages, que l’on mutile. À la biodiversité de la Camargue, de la Crau et de la Terre d’Argence que l’on sacrifie au nom d’une hérésie qui a perdu le sens du vivant.


Le Collectif THT13/30 prend acte de cette décision avec colère, mais aussi avec une profonde tristesse. Nous avons proposé. Nous avons construit. Nous avons cherché. Nous avons tendu la main. Mais l’État, RTE et les industriels de Fos-sur-Mer ont choisi la violence !


Alors qu’un accord historique de consensus territorial leur était offert, ils ont préféré imposer. Alors que les territoires avaient trouvé une voix commune, ils ont préféré diviser. Alors qu’une alternative existe, ils ont préféré l’archaïsme de la ligne aérienne à l’innovation, à l’intelligence et au courage.


L’État a fait le choix d’écouter les injonctions de la finance mondiale plutôt que la voix des habitants. L’État a fait le choix de la facilité administrative plutôt que de la justice territoriale. L’État a fait le choix de sacrifier la ruralité pour ménager un calendrier politique, des intérêts privés et des illusions.


Pourtant, le 19 septembre, près de 2 500 personnes ont rempli le théâtre antique d’Arles. Un lieu de mémoire, un lieu de pierre, un lieu où la voix porte. Celui d’un Serment signé par 140 élus. Et ces derniers ont porté un message sans ambiguïté : « Zéro pylône ! ».


Malgré cette unité, malgré les alternatives proposées, malgré les alertes des agriculteurs et des défenseurs de la nature, l’État avance. Comme si la Camargue n’était qu’une zone à traverser. Comme si la Crau n’était qu’un vide à remplir de béton et d’acier. Comme si la Terre d’Argence n’était qu’un trait sur une carte. Comme si nos territoires n’étaient pas un patrimoine, mais une marchandise, au demeurant, de si faible valeur.


A ce diktat et ce déni de démocratie, nous répondons : NON ! On ne construit pas la transition écologique en détruisant l’écologie. On ne prétend pas protéger la souveraineté nationale en sacrifiant la souveraineté territoriale. On ne fait pas de la décarbonation une excuse pour imposer la défiguration. On ne bâtit pas l’avenir en effaçant ce qui fait la richesse, la beauté et la dignité d’un territoire.


L’État avait entre les mains une opportunité historique : construire un projet énergétique acceptable, innovant et durable. Il pouvait démontrer qu’une transition juste se décide avec les habitants, les agriculteurs et les élus, jamais contre eux.


Il a préféré la facilité. Il a préféré le calendrier. Il a préféré le mépris. Mais la force ne fabrique pas le consentement. Et l’imposition ne fabrique pas l’avenir.


Le Collectif THT13/30 ne se résigne pas. Il ne capitule pas. Il ne se tait pas. Sans joie, sans enthousiasme, mais avec une détermination intacte, il poursuivra le combat démocratique, juridique, politique et citoyen pour faire respecter l’intérêt réel des territoires concernés et de celles et ceux qui les habitent.


Nous ferons résistance parce que nos paysages ne sont pas des espaces sans vie. Nous serons opposition parce que l’avenir énergétique de la France ne peut pas reposer sur l’effacement de son agriculture, de sa biodiversité et de ses territoires.


Et si l’État croit pouvoir gagner en imposant ce projet, il se trompe. La France risque d’y perdre bien plus qu’une ligne électrique. Elle y perdra la confiance de ses citoyen·nes. Elle y perdra le sens d’une transition qui devrait unir, protéger et élever.


La Camargue, la Crau et la Terre d’Argence étaient des territoires à comprendre. Ce sont aujourd’hui des territoires à défendre. Cela sera le cas lors de l’enquête publique qui débutera le 09 novembre pour une durée de un mois, le tout sous l’égide de cinq personnalités désignées par le tribunal administratif. Nous serons très nombreuses et nombreux a y participer et montrer notre désaccord.


Plus globalement, et dans les jours qui viennent, le Collectif THT13/30 se réunira pour définir une stratégie de lutte. Il y associera tous ses partenaires ainsi qu’une multitude de citoyen·es qui, à leurs côtés, souhaitent garder espoir et feront de leur mobilisation une force collective et déterminée.