LIGNE THT : LE SERMENT DES ELU·ES
ADRESSÉ AU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
Texte adressé à Emmanuel Macron, Président de la République le 13 octobre 2026.
Monsieur le Président de la République,
Nous nous adressons à vous au nom du Collectif THT 13/30 et de l’ensemble des acteurs du territoire des régions Sud et Occitanie mobilisés contre le projet de ligne aérienne à très haute tension entre Jonquières-Saint-Vincent (Gard) et Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône).
Alors que l’action de l’État et de RTE sur la déclaration d’utilité publique (DUP) suit son cours, dans un contexte de demandes de modifications règlementaires récentes (MECDU, ajustements de la loi Littoral), la tension ne cesse de croître sur nos territoires de Camargue, de Crau et de Terre d’Argence.
Le 19 septembre dernier, plus de 2 500 personnes ont répondu à notre appel au théâtre antique d’Arles, dans l’une des plus fortes mobilisations citoyennes de ces dernières années. Plus de 140 élus, maires, députés, sénateurs, conseillers départementaux, anciennes ministres, conseillers municipaux ainsi que les représentants des présidents des régions Sud et Occitanie, ont signé le « Serment des élus », acte politique majeur appelant l’État à « ouvrir un dialogue territorial exigeant, constructif et durable » pour concilier décarbonation, réindustrialisation, souveraineté énergétique, agriculture, préservation de l’environnement et protection des patrimoines.
Quelques jours plus tard, le tribunal administratif de Marseille, saisi en référé par RTE, a estimé que l’urgence du projet n’était « pas vraiment définie » et a ordonné une médiation. Cette décision augure d’un contentieux plus complexe et plus long que ce qu’envisageaient RTE et l’État, et confirme la nécessité d’une approche apaisée et négociée.
Face à cette situation, deux voies s’offrent désormais à vous. Un rapport de force, déclenché par une procédure de Déclaration d’Utilité Publique (DUP) qui conduirait inévitablement à une logique perdant–perdant : contentieux durables, images de charges des forces de polices contre les citoyens, montée des extrêmes et politisation accrue du débat à l’approche de l’élection présidentielle. Les traces politiques et sociales d’un tel passage en force seraient indélébiles.
Ou alors, une solution gagnant–gagnant, construite avec le territoire, ses acteurs et ses élus. Notre position va dans ce sens et reste résolument constructive. Nous souhaitons permettre à l’État d’atteindre ses objectifs de décarbonation et de réindustrialisation de la zone Fos–Berre–Provence, tout en préservant les équilibres environnementaux, agricoles et touristiques qui font la richesse et la singularité de nos territoires.
La solution alternative que nous proposons, exclusivement fondée sur des processus RTE et validée par CentraleSupélec, permet d’alimenter les industriels, dont Marcegaglia déjà prêt, et Arcelor lorsqu’ils se décideront, sans imposer une ligne aérienne qui fait aujourd’hui l’unanimité contre elle.
Pourtant, cette proposition n’a pas fait l’objet d’une analyse sérieuse de la part de RTE, qui continue d’opposer des arguments génériques (coût, urgence, impact environnemental) de moins en moins crédibles au regard des récentes décisions de justice et de la mobilisation sur le terrain.
C’est pourquoi nous sollicitons un rendez-vous avec vous, Monsieur le Président, afin de vous remettre personnellement le « Serment des élus » et de vous présenter la solution alternative.
Cette décision vous appartient en propre et ne saurait être filtrée par la seule analyse de vos conseillers. Un dialogue direct à ce niveau permettrait de désamorcer l’escalade, de rassurer les investisseurs et industriels qui ont besoin de certitudes et d’un calendrier réaliste, et d’éviter une politisation supplémentaire du débat.
En cas d’accord sur une solution alternative concertée, le Collectif THT 13/30 se tient prêt à agir comme facilitateur, notamment pour éviter ou limiter les recours juridiques et accompagner la mise en œuvre d’un projet apaisé, durable et partagé. Il est tout à fait possible d’imaginer, très rapidement, un « pacte de non-agression » respectant les différentes vocations du territoire : agricoles, touristiques, naturelles et industrielles et faire de la décarbonation de la zone de Fos-sur-Mer un modèle au niveau national qui pourrait être repris par de nombreux territoires.
Dans cette attente, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération.


