Étalement urbain : le CAUE13 dit stop !

Vous connaissez tous la célèbre phrase de Pierre Desproges : "la culture c'est comme la confiture, moins on en a, plus on l'étale". Et bien, paradoxalement, en matière d'urbanisme, c'est exactement la même chose. Moins on a de terres agricoles et d'espaces naturels, plus on s'étale. Mais depuis peu, il semble que cette problématique reçoive un écho grandissant auprès des décideurs locaux.

 

En effet, selon le CAUE13, 63% des élus se disent sensibles aux questions de l'étalement urbain. Statistique rassurante ou inquiétante quand on songe aux 38% de celles et ceux qui n'ont pas encore intégré cette problématique majeure dans les plans de développement de leur collectivité. Dans tous les cas, l'organisme conseil des communes en matière d'urbanisme et d'environnement fait sien un des objectifs du Grenelle II de l'environnement à destination des Maires : "Lutter contre l'étalement urbain qui entraine la régression des surfaces agricoles et naturelles, de la déperdition d'énergie, des émissions de gaz à effet de serre et des coûts élevés en infrastructures". 

> Ma petite maison dans la prairie

Il faut dire que, "la tentation du bitume"(1) est grande. A la vitesse à laquelle les villes s'étalent, selon l'Institut Français de l'Environnement (2), ce sont 600 km² qui sont artificialisés chaque année, soit un département entier qui disparaît sous le béton tous les 10 ans en France ! Et la progression de ces surfaces artificialisées est 4 fois plus rapide que la croissance démographique.

Comment en est-on arrivé là ?

Plusieurs constats :

  • il existe une demande croissante en termes d'habitats individuels qui génère une explosion des projets en zones péri-urbaines
  • l’abondance relative d’espace ne favorise pas une sensibilisation suffisante en faveur de la préservation des espaces agricoles et naturels. Économiser l’espace n’est pas aujourd’hui une cause nationale.
  • aux yeux des décideurs locaux, très nombreux après la décentralisation et qui agissent sans véritable contrainte supérieure, consommer l'espace n'apparaît pas comme un acte négatif. Bien au contraire, c'est souvent même présenté comme le signe du dynamisme de la commune.
  • les espaces agricoles et naturels sont en principe protégés par les documents d’urbanisme. Mais cette protection ne s’exerce qu’à court terme, car ces documents, révisés fréquemment, sans réelle contrainte, sont "volatiles".
  • une absence de vision intercommunale de l'urbanisme qui pousse chaque commune à mener des actions isolées, non concertées et sans aucune synergie globale

> Ni la ville, ni la campagne

Comme le constate Le Monde dans un article récent (3) "Dorénavant, lotissements et maisons isolées colonisent, partout en France, vallées et coteaux, plaines et forêts. Les identités des communes s'effacent, leurs contours se floutent. Les enseignes commerciales défigurent les entrées des villes. Ce n'est plus la campagne, ça ne sera jamais la ville. Néant urbain ou néant rural, au choix.

Constat confirmé par Frédéric Vigouroux, Président du CAUE13 et Maire de Miramas pour qui l'étalement urbain est un vrai problème de société : "chaque français rêve de sa petite maison dans la prairie, mais ce désir bien légitime a un coût et il est exorbitant pour la collectivité….Les nouvelles villes tentaculaires vont avoir des problèmes financiers".

Selon Frédéric Guiniéri, Maire de Puyloubier, "les élus ont géré leur territoire en bon père de famille, sans jeter un regard sur le long terme". 

Il en effet grand temps de tirer la sonnette d'alarme comme le fait Colette Charriau, Déléguée au logement et l'habitat au Conseil Régional : "3.000 hectares de terres agricoles ont disparu alors que l'alimentation de proximité a besoin de terres agraires".

> Dense, dense, dense (4)

Forts de tous ces constats et à l’heure où 50 % de la population française vit dans des zones péri-urbaines, entre villes et campagnes, le CAUE13 a donc décidé de lancer une action de sensibilisation, intitulée « dense dense dense », qui a pour vocation de promouvoir la « densité résidentielle » et de positionner le CAUE dans la lutte contre l’étalement urbain et le conseil pour la construction de logements de qualité.

L’opération de sensibilisation, qui va se dérouler jusqu’en 2014 avec plusieurs temps forts, entend interroger à la fois le grand public mais également les aménageurs publics et privés et  les responsables politiques sur la nécessité de respecter des équilibres entre espaces naturels, agricoles et urbains après plusieurs décennies de développement des surfaces urbanisées. L’objectif est également de réfléchir à de nouvelles formes urbaines permettant de concilier à la fois les besoins de la population et les principes du développement durable.

En espérant que ce programme fasse un pétit détour par Saint-Martin-de-Crau ou Istres afin de mettre en lumière les contradictions des Plans Locaux d'Urbanisme avec ces recommandations !!!

> Plus d'infos sur ce programme, cliquez ici


(1) La tentation du bitume – Eric Hamelin, Olivier Razemon – Rue de l'Echiquier
(2) Ministère du Développement Durable
(3) Le payasage français, grand oublié des politiques d'urbanisation
 

 

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Un commentaire sur “Étalement urbain : le CAUE13 dit stop !”

  1. Djerari Salim dit :

    Mesdames, messieurs
    Bonjour

    Effectivement nous serions ravis que notre premier magistrat s’inspire de ce programme avant de nous révéler les modifications qu’il a portées au PLU. Modifications qui s’imposent suite à l’avis de la chambre d’agriculture, de la Direction Régionale de l’Environnement de l’Aménagement et du Logement des services concernés de conseil général et bien entendu de l’action au tribunal administratif que nous avons mené au sein d’un collectif citoyen. Collectif citoyen qui “a engendré” l’association AIRE Agir pour Istres du Ranquet à Entressen.

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