Les entrepôts de fer contre le pot de terre

D’un côté les entrepôts de fer : 77.000 m² de tôles, 14 m de haut, l’équivalent d’un immeuble de 5 étages. De l’autre, le pot de terre : 7 familles, 32 personnes qui vivent au cœur du Mas de Gouin, sur 24 ha de vergers. Lors de l’enquête publique clôturée le 25 mai, Agir pour la Crau a dénoncé ce qu’elle considère être comme une opération spéculative et foncière menée dans le plus grand mépris de notre environnement, et pire, de celui des êtres humains qui ne pèsent pas lourd face à la puissance financière de sociétés cotées en Bourse.

 

Le Mas de Gouin est situé sur la commune de Saint-Martin-de-Crau, au sud de la N113 et à l’est de la RD 24, au sein du secteur dit de La Thominière. Le mas date de 1678. Il se situe à proximité du pôle logistique de la commune composé de 3 entités : la zone Ecopole, la ZI du Bois de Leuze et le hameau de la Dynamite. 

 


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Les abords du Mas font l’objet d’un projet de création d’une nouvelle plate-forme logistique de 77.000 m², à moins de 50 mètres des habitations, avec un permis de construire accordé en 2010 à la société civile immobilière La Thominière créée en 2008 pour les besoins du projet. Cette SCI est détenue à 52% par René Imbert, par ailleurs Président du Groupe Carnivor, implanté sur la zone logistique et à 48% par le groupe Massa, lui aussi présent sur le pôle. Elle a pour objet la promotion immobilière de logements.
 
L’association Agir pour la Crau souligne les profondes incohérences de ce projet de plate-forme logistique en mettant en exergue ses principales carences :
 
> Ce projet consomme de la Surface Agricole Utile en détruisant plusieurs hectares de vergers
 
Malgré son classement en zone 1AU relative à des secteurs à dominante économique, un simple survol cartographique et une visite sur place de la zone font apparaître son caractère éminemment naturel et non pas industriel. Aussi loin que l’on puisse remonter dans les archives, le Mas de Gouin a toujours eu une activité de type agricole. Les vergers sont exploités depuis les années 60 jusqu’à nos jours. Depuis 1997, le secteur abrite les locaux de la SCEA La Thominière qui exploite les vergers aux abords du Mas.
 
La disparition de 24 ha supplémentaires, comme inscrite au projet, entraînerait une réduction irréversible de la surface agricole de la commune et serait donc contraire aux orientations du PADD. Sur les 1.200 ha de terres agricoles qui disparaissent chaque année sur le département des Bouches-du-Rhône, ce projet représente à lui seul 2%.
 
Pourtant, dans un article récent paru dans la Provence, on pouvait lire : « La survie de l'agriculture Française est aussi un enjeu stratégique, il en va de notre indépendance alimentaire. Lorsque les agriculteurs auront disparu, il sera trop tard ensuite pour relancer la filière. Dans le domaine de la pêche, il y a 10 ans on répondait à la demande française qui est d'environ 400 000 tonnes. Aujourd'hui on ne produit plus que 250 000 tonnes, le reste est importé. On a la chance de vivre et de travailler dans une région qui possède tous les atouts, de bonnes terres, du soleil et de l'eau, et on gâche tout. C'est désolant. » (1)
 
On ne peut que souscrire à cette volonté de protéger une filière en danger. 
 
Pour quelles raisons alors accepter ce projet destructeur en totale contradiction avec une nécessaire indépendance alimentaire et la volonté de nombreux saint-martinois de consommer des produits issus d’une agriculture de proximité ?
 
> Ce projet met en danger une partie de la population car cette zone est inondable
 
Le Mas de Gouin est situé en zone inondable. Lors des intempéries de novembre 2011 qui ont nécessité le classement de la commune en état de catastrophe naturelle, des relevés de niveaux fait sur place ont montré que l’eau pouvait atteindre jusqu’à 1 mètre de hauteur. 
 
L’étude d’impact souligne ce fait en précisant que le parcellaire du site recoupe 15 ha de zone inondable ayant pour origine la montée en charge des eaux de ruissellement en amont de l’ouvrage DN 1000 mm de franchissement de la RD 24. 
 
Ce dossier comporte une sérieuse lacune : le risque est classé en « aléa faible » car cette étude est antérieure à la catastrophe de novembre 2011. Les points de repère pour la crue centennale ne sont donc pas les bons et le classement de la zone en hauteur d’eau maximale inférieure à 0,5 m est donc erroné.
 
> Ce projet porte atteinte à la biodiversité
 
Même si le Mas de Gouin n’est pas positionné directement sur une zone Natura 2000, le secteur constitue une zone de continuité écologique avec la zone Natura 2000. Il est situé dans le périmètre de la  Zone d’Importance pour la Conservation des Oiseaux (ZICO Crau PAC03). Ce type de zone a pour objectif d’identifier des surfaces intéressantes sur le plan écologique. 
 
Il est également classé en « trame bleue » grâce à son réseau d’irrigation.
 
Rappelons que la notion de trame bleue désigne généralement le réseau écologique et éco-paysager constitué par les cours d'eau et les zones humides adjacentes ou en dépendant.
En France, la « Trame bleue » est la partie de la « Trame verte et bleue » qui concerne directement l'eau et les zones humides. Elle fait partie depuis 2007 un des grands projets nationaux français issus du Grenelle de l'Environnement et devrait devenir avec les SDAGE un des outils majeurs de restauration écologique du territoire pour la France.
 
> Ce projet entraînerait une pollution et une insécurité routière supplémentaires
 
La zone en question n’est pas desservie par une voie ferroviaire. Ce sont donc des centaines de camions supplémentaires qui vont arpenter la zone avec ses conséquences en termes de pollution et d’insécurité routière.
 
Selon une étude menée en 2008 par l’Office Régional des Transports   en référence à la zone Clesud, il faut compter 80 mouvements par ha loti et par jour.
 
Dans ce cas précis, cela représente : 7,7 ha x 80 = 616 mouvements par jour dans les 2 sens, composé à 36% pour des poids lourds et 64% pour des véhicules légers.
 
On peut donc s’attendre sur cette plate-forme à :
 
616 mouvements x 0,36 = 221 mouvements de PL soit 110 PL/jour
616 mouvements x 0,64 = 394 mouvements de VL soit 197 VL/jour
 
et ce 6 jours sur 7 !
 
> Ce projet n’optimise pas les surfaces déjà existantes sur les zones Ecopole et Bois de Leuze
 
En effet, sur les zones d’Ecopole et du Bois de Leuze, on peut constater :
 
des entrepôts inoccupés 
un nombre importants d’entrepôts en construction  
le projet positionné au niveau du Mas Boussard propose à lui seul 160.000 m².
Maisons du monde a programmé l’extension de plus de 99 000 m2 de sa plate-forme logistique
des espaces libres dans la continuité des zones existantes 
 
Rien donc ne dit que ce projet, formalisé en 2009, avant 2010, que les professionnels de la logistique jugent comme une année de crise, garantisse une utilisation optimale des espaces existants ou à créer. 
 
La multiplication tous azimuts de ces projets met en lumière l’absence d’une véritable politique d’implantation foncière aux niveaux des zones d’activités de la commune, générant des projets au coup par coup et en fonction des opportunités foncières. Et ce, d’autant plus que le raisonnement doit être porté au niveau de la communauté de communes Arles-Crau-Camargue-Montagnette, quand on sait qu’une ville comme Arles, par exemple, possède plusieurs hectares de friches industrielles (Papèteries, Lustucru, Bricomarché,  friches ferroviaires…).
 
 
L’association Agir pour la Crau demande au Commissaire Enquêteur d’émettre un avis défavorable à ce projet qui bétonne un peu plus nos espaces agricoles et naturels et constitue un drame humain pour les habitants du mas.
 

(1) Pour lire l'article de La Provence, cliquez ici

Vous souhaitez vous engager pour la protection de votre environnement, rejoignez Agir pour la Crau !

 

 

 

Vous pouvez Laisser un commentaire.

4 commentaires sur “Les entrepôts de fer contre le pot de terre”

  1. Dav dit :

    Fidèle lecteur du journal de propagande communal et suite à la lecture de l’article
    “la vérité rétablie” du numéro 235, je me permets quelques commentaires.
    Monsieur Cargnino écrit dans la rubrique libre expression municipale avec ses contraintes de nombres de caractères, pourquoi pas vous ? Lui signe ses articles, pas vous ?
    Mais rassurez vous, nous vous avons reconnu, vous les chantres de l’intérêt général, mots clef utilisés lorsque vous êtes coincés aux entournures. De plus vous mettez en
    cause l’avis du commissaire enquêteur sur la cohérence du projet. Il aurait été honnête de publier ses conclusions et vos lecteurs auraient pu se rendre compte que
    chaque point est analysé avant d’être jugé et non lancé dans la nature sans aucun
    fondement. Vous ne connaissez pas ce que vous êtes censé avoir écrit dans le PADD. Je trouve également fort de café votre notion de haute protection environnementale. Il me semble que vous puisez allègrement dans les prairies AOC et natura 2000 pour alimenter les bétonneurs en tous genre. Que faites vous de l’intérêt général quand une majorité de gents concernés vous signifie par pétition leur désapprobation. Vous avez été élu pour servir la population et non pour satisfaire les appétits d’un clan et en divisant la population en accordant à quelques uns le droit de détruire le bien de tous.

  2. admin dit :

    C’est pas fini. Y’en a plein encore !!!

    Le projet Logiprest

    > déposé par la société Logiprest, filiale du groupe Katoen Natie
    construction de 2 entrepôts logistiques et ses annexes pour une surface totale de 152.000 m²
    >le secteur Boussard Sud représente 57 ha : le projet porte sur 50% de sa surface.
    la surface restante est également destinée à la création d’une 2ème plateforme logistique dont l’exploitant final n’est pas encore connu.
    > Logiprest dispose deja de 144.000 m² de surface de stockage sur les zones Ecopole et Bois de Leuze

    http://www.agirpourlacrau.fr/asides/nouvelle-enquete-publique-pour-une-nouvelle-plateforme-logistique-a-saint-martin-de-crau

  3. chris dit :

    Gardons nos terres agricoles. Notre nourriture de demain en dépend.

  4. Ce projet est incompréhensif et destructeur pour l’environnement et la vie des 7 familles du Mas de Gouin.
    Aussi, notre association s’associe à la vôtre et à toutes celles et ceux qui luttent contre ce projet monstrueux.
    En espérant que les courriers versés à l’enquête publique amèneront le commissaire enquêteur à statuer sur un avis défavorable.

    Chaleureusement vôtre

    Pour l’association Agir pour Istres du Ranquet à Entressen

    Jocelyn PLANELLES

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