Eridan : les associations n’ont pas dit leur dernier mot

Par un arrêté du 05 janvier 2015, le Ministère de l'Ecologie, du Développement Durable et de l'Energie a autorisé GRT Gaz à construire et exploiter le gazoduc Eridan. On pouvait lire dans la presse de ces derniers jours que Ségolène Royal n'a pas été sensible aux arguments des opposants. Difficile, c'est vrai, de rivaliser face à un tel projet : la vingtaine d'AOC alimentaires et viticoles qui sont impactées, la vie de quelques milliers d'habitants ne pèsent pas lourd face aux 620 M€ du projet. Pourtant, la résistance est bien présente et elle s'organise.

Pierredomachal dans la Drôme, Frapna Rhône-Alpes, FNE Paca, l'Adecar dans le Vaucluse, la Ligue de Défense des Alpilles, Nacicca, Agir pour la Crau. Les associations opposées au projet de gazoduc ne manquent pas tout au long de ce tracé de plus de 220 km et qui traversent près de 60 communes depuis Saint-Martin-de-Crau jusqu'à Saint-Avit dans la Drôme. Et ce, sans compter la colère de nombreux viticulteurs de la vallée du Rhône ou du Gard.

 

33.000 habitants près de zones à risques

Malgré les nombreuses interventions d'Agir pour la Crau sur ce dossier, le sacro-saint feu vert ministériel vient d'être publié au journal officiel. Ce n'est pas faute d'avoir essayé : interventions dans les médias radio et tv, dans la presse, participation à l'enquête publique, lettre à GRT Gaz, pétition. Rien n'y a fait. Pas même les risques que fait encourir ce gazoduc à des milliers de personnes.

Au total, selon le journal Lyon capitale, ce sont près de 33.000 personnes qui vivraient dans une zone de danger potentiel à moins de 1400 m de l'ouvrage. Mais elles sont si peu de choses face aux 620 M€ du projet, estimation qui d'ailleurs ne cesse d'évoluer puisqu'il y a à peine trois ans, elle se situait à 480 M€. Qui sait, d'ici peu on nous annoncera sans doute 1 Milliard ? Et alors la, vous pourrez toujours mettre dans la balance les impacts environnementaux et sociaux du tracé, ils s'effaceront sans problème face au dictat de la finance. 

 

Une histoire de gros sous

Interviewée par la Provence le 20 janvier, Joëlle Longhi, porte-parole de l'association Agir pour la Crau s'étonne du maintien du projet alors que celui du super terminal méthanier Fos bâptisé "Fos faster" vient d'être abandonné pour des raisons économiques notamment liées à l'arrivée des gaz de schistes américains.

Alors que le projet Fos Faster vient d'être abandonné, il est étonnant d'insister sur ce gazoduc de plus en plus contesté. Au moment où l'on veut mettre l'accent sur les énergies renouvelables, on impose ce gazoduc. Et il a été déclaré d'utilité publique alors qu'il ne bénéficiera pas aux Français, puisqu'il va traverser la France pour alimenter les pays de l'Est. Le tracé passe juste à côté de la centrale de Tricastin, cela pose d'énormes problèmes de sécurité. Et il n'y a pas de cohérence sur le tracé, il y avait des tracés beaucoup moins destructeurs qui n'ont pas été pris en compte. En Crau, cela va être une véritable catastrophe, on a par exemple un paysan qui va perdre 2 500 oliviers. Au moment où on dit qu'il faut défendre les terres agricoles, on les détruit par Eridan et d'autres projets ! C'est un grand projet dont les bienfaits pour l'avenir sont flous et discutables, mais il est défendu par un mastodonte. On fait ce gazoduc car il va rapporter de l'argent à GRTgaz et à l'État !

 

Et nos élus dan tout ça ?

Hé bien oui, nous pourrions nous poser la question. Et les élus locaux des communes impactées, qu'en pensent-ils ? Que disent les maires des villes de Saint-Martin-de-Crau, d'Arles, de Fontvieille, de Tarascon, de Saint-Pierre de Mézoargues ou de Boulbon ? Je vous le mets en mille : ils sont pour ! Mais cela n'a pas toujours été le cas. En effet, La Provence dans un article du 30.12.12 et qui titrait "Arles, les politiques s'élèvent contre le pipeline Eridan" (que nous tenons à votre disposition, bien sûr), retraçait les propos de réunions tenus quelques jours plus tôt sur Saint-Martin et Moules. On peut ainsi lire :

Tous ont du mal à comprendre que les techniciens de la compagnie de gaz ne veuillent pas comprendre que si on pratique une tranchée dans la plaine, l'eau va tomber dans la tranchée et ne va plus permettre d'irriguer les champs par submersion, expliquait Claude Vulpian, maire de Saint-Martin de Crau, conseiller général et président de la communauté d'agglomération Arles Crau Camarguie Montagnette. Aux côtés du maire d'Arles, Hervé Schiavetti, l'élu s'est engagé formellement à combattre le tracé actuel choisi par l'entreprise.

Le tracé n'a pas changé. Les positions, oui. Mais c'est bien connu, le gaz étant bien plus léger que l'air, le projet n'a pas eu beaucoup de mal à se placer rapidement au dessus des paroles des édiles.

 

Les travaux non commencés sont déja reportés

Mais les raisons de garder espoir sont nombreuses. D'abord parce qu'il a été classé comme projet nuisible par l'association France Nature Environnement au même titre que le barrage de Sivens ou l'aéroport de Notre-Dames-des-Landes. C'est dire. Ensuite, parce qu'il y a eu de nombreux recours contre la Déclaration d'Utilité Publique obtenue en octobre dernier déposés auprès du Tribunal Administratif de Grenoble au nom de 15 entités.

Aujourd'hui, il n'est plus question d'une mise en service en 2016 mais à l'horizon 2019-2020. Voila enfin une bonne nouvelle. Pour nous en tout cas, rien ne presse !


> Télécharger l'arrêté ministériel

> D'autres articles sur Eridan

> Devenir membre ou faire un don à Agir pour la Crau

 

Laissez un commentaire

IMPORTANT! Pour valider votre commentaire, merci de résoudre l'opération suivante:

Combien font 12 + 6 ?
Please leave these two fields as-is:
Ebuzzing - Top des blogs - Environnement